Retour à l'accueil | Recension | Vivre ou laisser mourir

Dans son livre, le député Jean Leonetti retrace le travail et le cheminement de la mission d’information sur l’accompagnement de la fin de vie, qui a donné naissance à la loi du 22 avril 2005. Ces travaux débutent un mois à peine après le décès de Vincent Humbert : le débat sur l’euthanasie est alors très médiatisé, parfois de manière confuse et caricaturale ; une tendance en faveur de sa légalisation semble s’affirmer au sein de l’opinion française. Les membres de la commission sont issus de courants très divers, allant de catholiques fervents jusqu’à des adhérents de l’ADMD. Mais tous ont décidé de travailler ensemble en respectant deux principes : des réunions à huis clos, et une exigence d’honnêteté intellectuelle qui appelle chacun à remettre à plat ses convictions. Si l’on en croit Jean Leonetti, la mission a permis à ses membres de vivre une aventure humaine exceptionnelle. 
 
Une première partie est consacrée aux liens entre la façon de mourir et la vision de la mort véhiculée par la société, avec leur évolution dans le temps. À notre époque où la mort est refoulée, voire déniée, la crainte de la souffrance et de la déchéance physique – qui en sont les précurseurs – est grande. Les morts sont dites « blanches », car elles surviennent pour la plupart à l’hôpital. En revanche, alors que la croyance en l’existence de Dieu recule – de 62 % en 1981 à 56 % en 1999 – dans le même temps, celle en la persistance d’une vie après la mort progresse de 35 % à 38 %. 
Une deuxième partie analyse le sentiment de liberté reconnu à chacun quant au choix de sa mort, qui semble prévaloir actuellement. Mais quelle est l’autonomie réelle d’un patient qui demande la mort ? Ne risque-t-il pas d’être « sous influence » – de ses proches, de la société ? Et n’est-ce pas réducteur de prendre aumot cette demande de mourir sans ouvrir le temps de la réflexion et du cheminement intérieur ? L’auteur rappelle ici que la dignité ne relève pas d’un jugement que l’homme porterait sur lui-même – attitude qui conduit aujourd’hui les partisans de l’euthanasie à considérer comme non dignes certaines fins de vie – mais qu’au contraire elle est inhérente à l’humanité même de l’homme, principe constitutionnel inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. En outre, la demande de tuer adressée à un tiers fait peser sur ce dernier une responsabilité juridique – et morale – inacceptable. 
 
La troisième partie, très brève, décrit les pratiques actuelles d’euthanasie en France, rares et clandestines. L’acharnement thérapeutique est unanimement critiqué,malgré la complexité de sa définition. 
 
La quatrième partie aborde les aspects juridiques, avec tout d’abord le droit des malades à l’information médicale, renforcé par la loi du 4 mars 2002 : le « droit de savoir » du patient implique un devoir d’information pour le médecin, qui saura délivrer l’annonce de mauvaises nouvelles, pas à pas, avec « réflexion, pudeur et modestie », selon Jacques Ricot. Le droit de choisir de poursuivre, ou non, un traitement est également souligné ; il faut dire qu’avant la loi Leonetti, l’arrêt de traitement faisait courir un risque juridique réel aux médecins, en particulier en réanimation, influençant incontestablement un grand nombre de décisions médicales. Enfin, l’expérience hollandaise de légalisation consensuelle de l’euthanasie, en 2001, est décrite. En France, une éventuelle dépénalisation ou une légalisation apparaîtraient techniquement complexes, selon l’avis de Robert Badinter, voire inconstitutionnelles, suivant celui de Bernard Beigner. Mais est-il opportun de légiférer si la pratique de l’euthanasie est effectivement appelée à demeurer exceptionnelle ? Celle-ci ne doit-elle pas rester une transgression – parfois inévitable – d’un interdit fondamental ? En revanche, la question de l’information des juges est essentielle si l’on veut harmoniser leurs critères de jugement et résoudre le mieux possible les dilemmes posés par les situations-limites qui sortent du cadre légal. 
 
Dans la dernière partie l’auteur résume les quatre lignes directrices de la loi : soulager les patients en fin de vie en acceptant le principe du double effet – l’administration d’antalgiques à haute dose en vue de calmer la douleur est justifiée,même si elle a pour effet secondaire d’accélérer la mort ; condamner l’obstination déraisonnable, en « légalisant » l’arrêt des traitements vitaux en réanimation ; respecter le choix du mourant d’arrêter les traitements en fin de vie ; reconnaître le droit à refuser un traitement salvateur – en dehors de l’urgence. 
Ou encore, plus brièvement : « respecter la vie, accepter la mort ». 

 


 

Rechercher un article

Recherche avancée

S'inscrire à la newsletter