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N°2/2013

Pratiques soignantes et dépénalisation de l'euthanasie

Donatien Mallet et coll. L'Harmattan, 2012, 239 p., 24,50€

Dominique Poisson, Praticien hospitalier, Responsable de l'Unité mobile de Soins palliatifs, Groupe hospitalier Bichat-Claude Bernard, AP-HP – Paris

 


Et si le projet de loi dépénalisant l’euthanasie était voté ? Et si la loi autorisait les médecins à mettre fin à la vie d’une personne à sa demande? Donatien Mallet présente un important travail de réflexion mené, en soins palliatifs, par un groupe de médecins auxquels se sont joints d’autres soignants. Ce travail vise à appréhender les bouleversements que susciterait un changement aussi profond de la législation et des repères sociétaux selon lesquels médecins et soignants auraient alors à exercer leur métier auprès des malades en fin de vie. Le livre se focalise sur les demandes de mourir qu’expriment les malades et n’aborde pas le problème – proche – du suicide assisté.
Dans un premier temps, les auteurs « revisitent » les repères sur lesquels ils s’appuient, consciemment ou non, lorsqu’ils soignent et accompagnent une personne qui fait une demande d’euthanasie. Puis, ils s’interrogent : la dépénalisation de l’euthanasie serait-elle compatible avec leurs repères de soignants ? Quelles sont les situations qui conduisent une personne malade à une demande d’euthanasie ? Comment écouter cette demande, la recevoir, et en délibérer en équipe ? Comment rechercher des propositions de solutions alternatives qui permettraient éventuellement d’aboutir à un compromis que le malade pourrait accepter ? 

Dans la partie suivante, de nombreuses pages sont consacrées aux liens entre euthanasie et transgression : y a-t-il une éthique de la transgression ? Un possible consentement ? Quelle créativité mettre en  œuvre pour répondre à une demande de transgression, ou pour la contourner ? Enfin, la demande de transgression peut-elle aller jusqu’à provoquer une rupture de la relation soignant-soigné ? Si la dépénalisation de l’euthanasie voyait le jour, comment articulerait-on au sein d’une même équipe la prise en charge des malades en fin de vie et la réalisation de l’acte homicide ? Quelles en seraient les conséquences, aussi, sur les relations entre les équipes mobiles de soins palliatifs et les autres équipes soignantes avec lesquelles elles collaborent ? 
Enfin, les auteurs soulignent à juste titre les effets d’unetelle évolution sur la formation des jeunes médecins : leurs repères en seraient nécessairement modifiés, l’acte euthanasique et sa justification leur étant dès lors enseignés.

On voit l’intérêt de cet ouvrage, et l’étendue des sujets qu’il aborde, souvent avec profondeur. Il s’agit d’un livre riche qui incite chaque acteur de soins à mener sa propre réflexion en lui ouvrant de nombreuses pistes. Cependant, la notion de clause de conscience dans le contexte de dépénalisation de l’euthanasie aurait aussi méritée d’être abordée. De même, une réflexion autour des missions de la médecine et de leur rapport à l’euthanasie aurait pu être éclairante.

En conclusion, les auteurs soulignent que, dépénalisée ou non, l’euthanasie reste et restera un interdit : il ne nous appartient pas de mettre fin à la vie. Ils rappellent qu’il importe, avant tout, de manifester par notre manière de prendre soin « le souci de l’humain, souffrant et vulnérable, alors qu’il n’éprouve plus de sens sur la valeur de son existence » et que la société vient contester la légitimité même de son existence.  
 
 
 

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