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Recension | Analyse


N°2/2008

Naissance de l’anthropotechnie : de la médecine au modelage de l’humain

Vrin, « Pour demain », 2006, 187 p., 19 €

Éric Charmetant, Jésuite

Cet ouvrage examine les questions épistémologiques, éthiques et juridiques soulevées par les pratiques d’amélioration de l’être humain que Jérôme Goffette,maître de conférences en philosophie des sciences à l’Université Lyon 1, choisit d’appeler « anthropotechnie ».Différente par sa finalité de la médecine, l’anthropotechnie « s’ouvre à un autre horizon, non plus de restauration de l’état normal,mais d’instauration d’un état sur-normal, d’une condition modifiée censée répondre à nos demandes multiples : être plus beau, plus fort, plus intelligent, etc. » (p. 19) 
Récusant l’idée d’une fusion entre médecine et anthropotechnie sous un terme englobant comme « biomédecine », l’auteur analyse au contraire les multiples différences entre ces deux pratiques : normal/pathologique versus normal/amélioration, médecin/ patient versus praticien/client commanditaire, consultation médicale versus consultation anthropotechnique. En outre, les quatre principes développés dans certains courants anglo-américains d’éthique médicale comme le respect de l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice se révèlent particulièrement inadaptés à l’anthropotechnie. Face aux risques des pratiques anthropotechniques pour la santé, bienfaisance et non-malfaisance sont mises en défaut, tandis que respect de l’autonomie et justice appellent à des approfondissements sur la nature des demandes d’amélioration formulées, qui peuvent être le fruit d’une volonté libre, aliénée ou délirante des clients commanditaires. 
L’examen juridique des pratiques anthropotechniques révèle aussi des incompatibilités avec le code de déontologie médicale et nécessite la mise en oeuvre d’un code de déontologie anthropotechnique qui devrait indiquer explicitement toutes les pratiques permises et ne pas se contenter de quelques interdictions. Toutefois, comme l’auteur insiste sur la dimension d’errance, de bricolage de l’humain et de renégociation régulière de ce qui est permis, on peut se demander si une telle vision juridique n’est pas trop idéale. Selon quels critères anthropologiques va-t-on faire évoluer le droit anthropotechnique ? Le débat démocratique conduisant aux lois peut-il protéger de graves dérives anthropotechniques, tant les conceptions de l’amélioration humaine peuvent être diverses, contradictoires et soumises aux fluctuations du moment ? Or, rien ne garantit la réversibilité anthropotechnique, même si les effets sont délétères. 
Malgré quelques limites de l’ouvrage, dans son introduction par exemple, l’ensemble est réussi et très suggestif. Il sera utile à tout lecteur voulant découvrir ce champ nouveau qu’est l’anthropotechnie ainsi que les questions éthiques et juridiques qui en naissent.  


 

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