Retour à l'accueil | Recension | Le corps resitué Médecine, éthique et convictions

Recension | Analyse


N°1/2007

Le corps resitué Médecine, éthique et convictions

Presses universitaires de Namur, 2006, 192 p.

Xavier Dijon, Professeur de Droit Facultés universitaires de Namur – Belgique

Du fait de sa méthode, la médecine doit situer le corps dans les canons de sa propre discipline. Par là, elle obtient les progrès que l’on sait, mais elle engendre aussi des frustrations qu’il vaut la peine d’entendre. C’est pour resituer le corps dans le contexte plus large de la personne, de ses relations et de ses convictions que les Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur (Centre interdisciplinaire Droit, Éthique et Sciences de la Santé) ont rassemblé diverses contributions qui donnent sur le sujet voix aux philosophes, aux théologiens, (et même au médecin…). 

 
Après qu’Ignace Berten a montré à quelles conditions de souplesse et d’humilité l’Église catholique pourrait retrouver dans le champ politique une parole plus crédible sur la destinée des corps, et que Jean-Michel Maldamé a plaidé pour une articulation moins dichotomique entre les découvertes de la science et les affirmations de la foi, la contribution de Dominique Lambert propose précisément une telle articulation, originale, en évoquant la théologie chrétienne de la Création. Ici, les lois que la science met au jour et la liberté créatrice évoquée dans la Bible entrent dans un jeu d’alliance où l’adaptation – nécessaire à la poursuite de l’histoire – suppose une heureuse vulnérabilité, en contraste avec la robustesse des arguments que science et théologie s’opposent encore trop souvent lorsqu’elles s’enferment en leurs savoirs. 
 
L’Écriture sainte est davantage encore explorée dans les deux contributions suivantes, de José Reding d’abord, qui invite la laïcité dogmatique à profiter du potentiel narratif des religions et, par exemple, de la fraternité que Jésus instaure en sa pro-existence, soucieuse de toute chair (pro-existence du Christ qui a parfois été éclipsée par un souci trop exclusif de sa préexistence divine), de Françoise Mies ensuite qui, par une analyse très fine de quelques figures souffrantes (Ève, Jacob, le Serviteur et surtout Job),montre à quel point l’intime vécu du corps touche de tout près la vérité de la relation à Dieu, ainsi que le montrera Jésus, de la même chair que ces ancêtres dans la foi. 
 
Resituer le corps, c’est aussi se rapporter à l’histoire. Raphaël Célis développe la sagesse d’Hippocrate qui pourrait (re)devenir bénéfique à la médecine physiologique, laquelle se pense encore trop comme technique de science appliquée. En contrepoint de cette médecine qui se retrouve sans synthèse et donc sans normativité interne, il est bon de rappeler la vertu de l’observation hippocratique centrée sur l’ethos de l’homme qui possède en lui-même la norme de sa guérison. Dans cette perspective, le médecin est le timonier qui aide le patient à se réapproprier le sens de sa maladie, sans pouvoir lui épargner ni la mort ni le temps. Après la contribution philosophique de Nathalie Frogneux sur les trois mouvements incarnés de l’existence humaine (la sensibilité, le labeur, l’âme) dans la pensée de Jan Pato`cka, le docteur Marie-Sylvie Richard conclut heureusement l’ouvrage par ses réflexions sur l’accompagnement de la personne gravement malade, témoignage où l’on retrouve des données humaines aussi fondamentales que l’émotion, le temps, l’estime de soi… 
 
Au total, à part l’une ou l’autre impatience manifestée à l’égard de l’Église qui professerait encore le dualisme corps-âme pour mieux maintenir sa prérogative sur le domaine de l’âme spirituelle, voici un livre plein de sagesse qui pourra nous aider tous,médecins ou patients, à vivre corps, coeur et esprit, plus unifiés.


 

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