Retour à l'accueil | Recension | L’ultime liberté ? / A la lumière du crépuscule

L’ultime liberté ?
Axel Kahn, avec la collaboration de Caroline Glorion
Plon, Paris, 2008, 138 p., 17 €

À la lumière du crépuscule
Jean Leonetti
Éditions Michalon, Paris, 2008, 144 p., 14 €
 
A quelques jours de la remise au Premier Ministre du rapport sur la « loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie », Axel Kahn, professeur de Génétique, chercheur, président de l’Université Paris-Descartes et ancien membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) proposait une tribune libre intitulée « L’ultime liberté », tandis que Jean Leonetti, cardiologue, député des Alpes-Maritimes, à l’origine de ladite loi, offrait son témoignage sous le titre : « À la lumière du crépuscule ». Ces livres sont tous deux bienvenus. Ils partagent une rédaction très fluide, concise dans l’expression, claire dans les convictions et didactiques. Ils expriment aussi une même opposition à l’euthanasie et aux tentatives menées pour en obtenir la dépénalisation. 
 
Axel Kahn part du souvenir douloureux du suicide de son père et de sa propre expérience demédecin qui, avant de devenir un grand chercheur et un maître de la génétique, a pratiqué la médecine clinicienne dans des disciplines où les dilemmes éthiques étaient quotidiens. Il est ainsi en mesure d’ouvrir un débat sur toutes les questions qui se posent aujourd’hui, et particulièrement à propos de la dignité, de la liberté, de l’euthanasie, des soins palliatifs. Un retour sur les affaires récemment médiatisées, qu’il commente longuement, le conduit à stigmatiser leur instrumentation dans un climat d’émotion permettant ensuite aux partisans de la dépénalisation de faire campagne dans les médias, au détriment d’une réflexion rationnellement argumentée. Membre du CCNE au moment de la rédaction de l’avis 63 faisant référence à « l’exception d’euthanasie », il en souligne l’ambiguïté et note au passage « les termes employés permirent de réunir un consensus, mais à quel prix ? C’est parce que le document disait que l’euthanasie demeurait une transgression que le futur évêque d’Angers, alors membre du CCNE depuis 1998, se rallia à ce texte ». 
 
Le chapitre ayant pour titre « liberté » et « dignité » est l’un des plus intéressants. À propos de la première, l’auteur écrit : « […] la notion d’une ultime liberté, celle de décider de mourir,mérite d’être questionnée. Sa caractéristique principale est que, en réalité, elle ne témoigne que de façon exceptionnelle du libre arbitre authentique d’un être autonome, car elle émane presque toujours d’une personne pour qui la vie est devenue insupportable et qui estime qu’elle n’a d’autre choix que de l’interrompre. » Après en avoir rapporté plusieurs exemples, il défend la nécessité de « rétablir les conditions d’un choix authentique ». Au sujet de la dignité il souligne : « La dignité, en tant que valeur essentielle, ne se prête pas à des opérations mathématiques […] on ne multiplie pas sa dignité par deux ou on ne la divise pas par trois en fonction d’un handicap, d’une maladie ou d’un âge avancé. Une personne peut craindre de devenir indigne de l’image qu’elle a de la dignité… elle a surtout peur de se voir indigne aux yeux des autres…» 
Dans sa conclusion, Axel Kahn rejoint la position exprimée dans la loi dite « Leonetti » dont il souligne qu’elle lui apparaît « équilibrée et juste ». 
 
Aussi n’est-on pas surpris qu’il ait préfacé le livre de Jean Leonetti intitulé « À la lumière du crépuscule » et sous-titré « témoignages et réflexions sur la fin de vie ». Dès l’introduction, le lecteur pressent la richesse et l’humanité de l’ouvrage. « Voilà bientôt quatre ans que j’ai le privilège et souvent le bonheur dans mon travail parlementaire d’approcher, aux lisières de la vie, l’essentiel et la fragilité de ce que nous sommes, sans toutefois pleinement l’appréhender. J’ai voulu dans cet ouvrage vous livrer ces paroles d’absents qui résonnent quelquefois douloureusement en chacun de nous mais qui peuvent aussi faire émerger de “l’obscure clarté” de la mort un sens à nos vies. » Tout est là et le lecteur n’a plus qu’à aller à la rencontre de ces témoignages commentés avec beaucoup de tact, et dont chacun offre un enseignement :malades, spécialistes, politiques et, précédant immédiatement le chapitre de conclusion, Robert Badinter. L’ancien Garde des Sceaux, qui fut défenseur de l’abolition de la peine de mort, exprime non sans émotion son opposition à toute exception d’euthanasie : « Je ne concevrai pas qu’un comité puisse donner l’autorisation de tuer… Nul ne peut retirer la vie à autrui dans une démocratie. » 
Ce livre constitue une magnifique introduction à toutes les questions concernant la fin de vie. On n’en recommandera jamais assez la lecture – non seulement aux médecins, soignants et étudiants de toutes disciplines,mais aussi à toute personne intéressée par cette réflexion. 


 

Rechercher un article

Recherche avancée

S'inscrire à la newsletter