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Recension | Analyse


N°1/2005

Je vous emmène

Stock, « Les mots étrangers », 2004, 412 p.

Catherine Audras,

Poétesse et romancière américaine, née en 1938 dans l’état de NewYork, Joyce Carol Oates fait ses études à la Syracuse University ; elle devient professeur de littérature à l’Université de Princeton tout en se consacrant à l’écriture. Ses ouvrages sont publiés dans le monde entier et, à deux reprises, elle a fait partie des « finalistes » du prix Nobel.

 
Ce dernier roman ne serait-il pas plutôt une autobiographie ?  
Les similitudes entre la narratrice et l’auteur sont multiples :même enfance solitaire,mêmes études universitaires. La description de la volonté, des doutes, de la conscience de sa propre valeur mais aussi des regrets et des blessures est vibrante d’authenticité. Mais toute adolescente n’a t-elle pas connu ces tourments ? 
Il est difficile pour une jeune étudiante douée, mais pauvre, de tracer son chemin.
La rage, l’ironie, la peur, les provocations, les complaisances jalonnent son parcours. Pour concrétiser ses hésitations identitaires, elle change son propre prénom suivant les circonstances et les interlocuteurs ! 
Si elle doit travailler pour payer ses études, elle connaît cependant ses propres ressources intellectuelles et morales.
Féroces sont les portraits de ses « soeurs » universitaires et de la directrice anglaise de sa « maison ». Elle tente d’acheter l’amitié des premières en faisant leurs devoirs et la seconde cherche à établir avec elle un rapport de fascination-répulsion. 
Ses condisciples ne pensent qu’à dépenser leur argent en sorties, qui tournent souvent en beuveries, en tenues et maquillages destinés à trouver le petit ami qui fera le mari idéal. 
Elle-même tombe amoureuse ; il est noir, de dix ans son aîné, brillant,mais il ne veut pas être aimé. Elle l’aimera avec passion et sincérité en bravant tous les interdits. 
 
Dans un style alerte, Joyce Carol Oates dépeint avec jubilation, rage et amour cette Amérique bien pensante des années soixante, confrontée aux premiers conflits sociaux et raciaux.
Elle parsème ce portrait de réflexions philosophiques, faisant appel à Platon et Spinoza.
Ce dernier roman serait un autoportrait ? Alors le lecteur ne sera pas étonné du dénouement.


 

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