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Recension | Analyse


N°2/2006

Fin de vie en Réanimation

Éditions Elsevier, collection Réanimation, Paris, 2004, 396 p., 92 €

Vincent Degos,

Le transfert d’un malade dans une unité de réanimation indique la mise en évidence d’un enjeu vital, par la défaillance aiguë d’un ou de plusieurs organes mettant en péril la vie du patient. La mise en place de machines de suppléance et de thérapeutiques lourdes et invasives permet de proposer une solution thérapeutique pour ces patients qui sont entre la vie et la mort. Dans ces situations médicalement difficiles, les familles sont très souvent les seuls interlocuteurs des médecins ; en effet, la maladie peut induire des troubles de la conscience ou bien nécessiter la mise en place d’une sédation, empêchant ainsi l’établissement d’une relation médecin-malade classique ou l’assurance d’un consentement libre et éclairé. Après avoir instauré une prise en charge invasive et intense, les médecins, dans l’accomplissement de leur devoir de soin, induisent parfois des impasses thérapeutiques ; le malade n’est alors plus capable de s’exprimer sur sa propre situation. Devant un échappement thérapeutique avec apparition de signes majeurs d’aggravation de la maladie, ou encore face à la perspective d’une dépendance prolongée et totale de machines ou de thérapeutiques, les médecins ont la responsabilité de prendre, de façon collégiale, des décisions. Le même médecin qui avait décidé de mettre en route une thérapeutique lourde et agressive doit être capable de constater les limites de la médecine moderne. La reconnaissance de l’inutilité de la poursuite de soins invasifs est une exigence médicale et humaine, afin d’éviter une obstination déraisonnable dans une situation reconnue sans issue. 

 
La mort survient ainsi fréquemment en réanimation,du fait même des pathologies des patients qui y sont hospitalisés. Si toute l’activité de la prise en charge en réanimation tend par définition à combattre la mort imminente, le but de la médecine n’est pas de s’opposer à la mort elle-même. Pour le personnel soignant, ce paradoxe est à la fois difficile à percevoir et à accepter. En effet, les professionnels de santé comme le reste de la population refusent l’échec de la médecine ainsi que la survenue d’un décès. Pourtant, en regard du droit des patients à être soigné, s’inscrit le devoir des médecins de laisser mourir quand plus rien n’est possible. Comme le rappellent les auteurs, « cette acceptation doit conduire à faire de l’accompagnement de la personne mourante et de sa famille un enjeu majeur de leur prise en charge dans cette phase terminale, restituant toute sa valeur à cette vie qui s’en va ». Éviter une obstination thérapeutique déraisonnable, c’est-à-dire rendre à la mort son caractère naturel en cessant de l’empêcher par des moyens artificiels et invasifs, s’oppose littéralement à sa provocation délibérée par une injection létale. Comme l’indique J.M. Boles, cette différence n’est pas « un artifice de présentation hypocrite »,mais se fonde sur la considération du malade en tant qu’homme et sur la reconnaissance du rôle du médecin dans une société. L’heure et la date du décès ne relèvent pas du libre arbitre du médecin, tandis que le retrait d’une suppléance artificielle inutile ressort de sa responsabilité. Au même titre qu’un acharnement sans but n’a plus rien de médical, la disposition directe de la vie des malades traduit, elle aussi, un irrespect de la dignité humaine. 
 
Cet ouvrage récent, édité par la Société de réanimation de langue française et coordonné par Jean-Michel Boles et François Lemaire (1), décrit de façon précise et à l’aide d’exemples ce qu’est la fin de vie en réanimation ; il indique des outils que les réanimateurs pourraient utiliser pour améliorer leur pratique. Loin d’un livre de recettes, cet ouvrage offre une somme de réflexions sur les multiples facettes de la réanimation : problèmes juridiques et techniques, apports de l’expérience des soins palliatifs, prise en compte des particularités sociales, culturelles et spirituelles des malades… Il invite aussi le médecin réanimateur et son équipe à assurer un meilleur accompagnement vers le deuil, qui fait également partie des « enjeux de la réanimation ». Un ouvrage à conseiller à tous ceux qui, de près ou de loin, sont confrontés à ces problèmes délicats. 
 
(1) J.M. Boles est médecin réanimateur à l’hôpital de la Cavale-Blanche, Centre Hospitalier Universitaire de Brest. F. Lemaire est médecin réanimateur à l’hôpital Henri Mondor, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris


 

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