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N°4/2014

Dons d'organes en situation de mort encéphalique

Manuel pour l'entretien avec les familles; Daniel Maroudy - Elsevier Masson, Issy-les-Moulineaux, 2014, 243 p.

François Beaufils, Ancien Chef du Service de Pédatrie-Réanimation, Hôpital Robert Debré, AP-HP – Paris, Rédacteur en chef de la revue Laennec

 


Chaque année en France, de nombreux malades relevant d’une greffe d’organes ne peuvent en bénéficier. Les dons d’organes par des personnes vivantes sont encore insuffisamment développés et les greffes sont pratiquées le plus souvent à partir du corps de personnes en situation de mort encéphalique. En 2013, 18 976 personnes étaient inscrites en liste d’attente d’un organe mais seulement 5 123 greffes ont été pratiquées.
Pourtant, depuis la loi Caillavet de 1976, aucun obstacle juridique ne s’oppose au prélèvement d’organes chez une personne susceptible d’être prélevée, sauf si, de son vivant, celle-ci a manifesté son opposition à un tel prélèvement en s’inscrivant au registre national des refus. Il est dès lors possible d’effectuer des prélèvements multiples – reins, foie, poumons, cœur, cornée… - chez toute personne en état de mort encéphalique dont le nom ne figure pas au registre. Par exemple des personnes accidentées de la route, ou encore des malades dans le coma au décours d’un accident vasculaire cérébral.
Néanmoins, la brutalité et le caractère dramatique de l’événement suscitent très souvent - on pourrait presque dire a priori - une attitude de refus de la part des proches. À juste titre, les équipes médicales concernées répugnent à passer outre cette opposition. C’est dire toute l’importance de l’entretien conduit par les personnels soignants avec l’entourage des donneurs potentiels.
 
Aussi faut-il se réjouir de la parution de l’ouvrage de Daniel Maroudy consacré à cet entretien avec les familles. L’auteur, infirmier, fait partie des pionniers qui, dans les années 1970, ont participé aux premiers prélèvements d’organes. De l’entretien avec la famille - les proches -, il a voulu faire « un acte de soins avec pour premier souci la sollicitude envers la famille ». D’abord pour aider les membres dans leur souffrance, ensuite pour les ouvrir si possible à consentir au don d’organes. Aujourd’hui la quasi-totalité des équipes de prélèvement s’inscrit dans cette perspective et le rôle des coordinations hospitalières est à cet égard essentiel.
Le livre de Daniel Maroudy s’adresse à ces équipes et à tous ceux qui sont amenés à envisager un prélèvement d’organes chez une personne en état de mort encéphalique. Tous les aspects d’une démarche de prélèvement sont abordés dans cet ouvrage : accueil et installation de la famille pour assurer un entretien dans une atmosphère de calme ; annonce de la mort encéphalique en expliquant de quoi il s’agit ; information sur la possibilité d’un don d’organes ; dialogue prolongé pour permettre l’expression de la souffrance et laisser le temps de la réflexion ; accompagnement auprès du défunt ; rencontre après le prélèvement… Chaque chapitre est illustré de tableaux et d’encadrés traitant tous les problèmes possibles.
 
Voilà un recueil de procédures particulièrement utile pour les acteurs des équipes concernées. Il devrait figurer dans la bibliothèque des services d’urgence et des services de réanimation, ainsi que dans celle des SAMU, souvent en première ligne dans les accidents graves. Mais sa lecture peut aussi permettre à chacun d’appréhender les progrès effectués depuis 1976 pour aborder avec humanité les familles qui vivent le drame de la mort brutale d’un proche et pour les ouvrir à l’idée d’accepter ce geste de partage que constitue le don d’organes.  

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