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La revue Laennec
N°2/2011

Edito : Vulnérabilité

 Relisant l’ensemble des articles de ce numéro de Laennec, nous en étions à remarquer que, d’une manière ou d’une autre, tous faisaient référence de près ou de loin à la notion de vulnérabilité, ou encore à la fragilité de la personne, quand est survenu au Japon un séisme d’une magnitude très élevée. Bientôt suivi d’un tsunami, celui-ci allait ouvrir la voie à des accidents nucléaires en chaîne, entraîner la mort de milliers de personnes, bouleverser la vie de centaines de milliers d’autres, brutalement privées de toutes ressources… sans compter les inévitables conséquences économiques et leur probable extension à l’économie mondiale. Au moment où nous rédigeons ces lignes, nul ne sait quand va s’interrompre cette suite apparemment interminable d’événements dévastateurs. Alors, notre réflexion d’aujourd’hui a-t-elle vraiment un sens ? Nos vulnérabilités quotidiennes » pourraient en effet paraître dérisoires face à l’ampleur des drames qui se jouent là-bas. Pourtant, au coeur même des événements du Japon, comme dans toutes les situations évoquées dans les pages de ce numéro, c’est toujours la personne humaine qui doit nous interpeller d’abord.

Du Japon ne nous arrivent pas seulement les images saisissantes des villes et des villages dévastés, des vagues géantes ou des incendies des centrales nucléaires, mais aussi les visages de personnes traumatisées, démunies de tout mais témoignant dans leurs propos d’une sérénité impressionnante et portant témoignage d’une force morale qui étonne le monde. La solidarité et le sens du bien commun qui se manifestent dans ces circonstances extrêmes – pensons aux sauveteurs engagés sur place au péril de leur vie – interrogent nos propres capacités d’engagement solidaire. De fait, c’est encore la personne qui est – ou qui devrait être – au centre des différentes situations de vulnérabilité abordées dans ce numéro. Personnes en fin de vie, souvent désireuses de «mourir à la maison» sans que cette possibilité leur soit toujours offerte. Dans une société – voire un système de soins – qui redoute et dénie volontiers la mort, François Beaufils, Carole Bouleuc et Dominique Poisson pointent l’urgence de mieux accompagner la vie qui se termine (1).
Personnes très âgées, dont le nombre croissant et les fragilités multiples semblent menacer une assurance maladie de plus en plus déficitaire, jusqu’à questionner leur place dans les dépenses de santé. Pour Denis Piveteau, plutôt que de mettre en péril le système de soins, le grand âge en révèle les défaillances, invitant par là même à définir des stratégies de progrès bénéfiques à tous (2).
Personnes concernées par la survenue d’un accident médical : la victime, bien sûr, et sa famille, mais aussi le médecin ou le soignant, pour lequel un tel accident constitue toujours un drame personnel. En instaurant une procédure amiable, la loi du 4 mars 2002 propose de ramener sur le terrain de la communication entre les personnes le « règlement » d’une situation où parole et compréhension mutuelles ont souvent fait défaut, comme le souligne Nelly Eymard (3).
Personnes, enfin, impliquées à différents titres dans les services de réanimation : les malades, d’abord, et avec eux leurs proches, mais aussi les soignants et les médecins. Au sein de l’univers clos et hyper-technicisé de la réanimation, Jean- Michel Boles et David Jousset analysent les multiples visages de la vulnérabilité dans la relation soignante (4).

Denis Piveteau, dans sa conclusion, souligne qu’il s’agit bien de «faire de la personne le coeur du système de soins : non pas seulement lemalade,mais lemalade comme personne». Mettre la personne au coeur de tout projet : dans notre société présentement exempte des situations de catastrophe qui sévissent ailleurs, c’est de ce défi permanent – et néanmoins urgent – que veut rendre compte ce numéro de Laennec.

(1) Beaufils F, Bouleuc C, Poisson D «Mourir en France », Laennec, 2/2011 : 7-17.
(2) Piveteau D « Le vieillissement de la population est-il une menace pour l’assurance maladie ? », Laennec, 2/2011 :18-30.
(3) Eymard N « Vers une déjudiciarisation du droit médical ? le rôle croissant de la procédure amiable », Laennec, 2/2011 : 31-41.

Degiovanni Chantal, Rédactrice en chef adjointe de la revue Laennec

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