Couv numéro juillet 2016

La revue Laennec
N°3/2016

Edito : Quelle place pour la pratique psychiatrique en milieu carcéral ?

Ce numéro de Laennec présente deux articles sur la pratique médicale en milieu carcéral : le témoignage d’Alix Fernet-Scherer, étudiante en médecine relatant son stage infirmier dans l’Unité de soins somatiques de la prison des Baumettes, à Marseille, et une approche de la pratique médicale au sein d’un Service de psychiatrie en prison, par Faustine Denis, interne en Psychiatrie, et Marc Grohens, ancien chef de service à la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.
 Les deux articles abordent cette problématique sous des angles somatiques et/ou psychopathologiques, en prenant en compte le cadre institutionnel et réglementaire. Ils nous permettent de mieux comprendre la complexité de l’exercice dans un monde carcéral dur et exigeant. Les attentes des divers protagonistes – détenus, administration pénitentiaire, voire magistrats – sont fortes vis-à-vis du monde médical. Dans ce lieu clos et violent, la demande de soins est marquée d’ambiguïtés plus ou moins conscientes. Nos deux auteurs posent de manière aiguë la question de la place du soignant dans cet univers.
La position du médecin apparaît en effet particulièrement délicate. Il doit écouter la souffrance psychique associée aux symptômes somatiques, sans verser ni dans l’angélisme ni dans le rejet, en intégrant à la fois ses propres limites et celles imposées par le cadre pénitentiaire. Cela pose la question de l’éthique en milieu carcéral, qui – comme ailleurs – doit être sous-tendue par la compétence clinique avec une claire vision institutionnelle des enjeux. Il s’agit d’être soignant en évitant toute instrumentalisation et de répondre, non pas tant à la souffrance du détenu – vis-à-vis de laquelle le médecin est fort démuni  – qu’aux symptômes somatiques et psychiques induits par cette souffrance.
Ce positionnement clinique  – médecin, uniquement médecin, mais pleinement médecin – est une vraie gageure. Le détenu-patient espère du praticien le soulagement d’un mal-être existentiel et de son cortège symptomatique, somatique ou psychiatrique. L’administration pénitentiaire attend des soignants des réponses médicales, voire psychiatriques, à ce mal-être, en particulier lors des crises clastiques (1) ou des tentatives de suicide chez des sujets intolérants aux contraintes de la vie carcérale. Le monde judiciaire et le politique tendent à croire le psychiatre tout-puissant pour résoudre des problèmes de personnalité graves et déjà fixés, aux capacités évolutives faibles.
Ces attentes multiples, parfois contradictoires et souvent de l’ordre du fantasme, risquent de projeter le médecin dans une position de toute-puissance – fictive – entre séduction et angélisme, attitudes potentiellement sources de violences lors de la confrontation avec la réalité.  

(1)
Clastique ,du grec Klastos : en psychiatrie, se dit d'une crise dans laquelle le sujet devient violent et brise des objets. 




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