Couv. numéro janvier 2016

La revue Laennec
N°1/2016

Edito :

Alors que nous terminons la mise en forme de ce numéro de Laennec, nos esprits sont occupés par les drames qui ont bouleversé la France le 13 novembre et dans les jours qui ont suivi. Notre revue n’a pas vocation à commenter l’actualité. D’ailleurs, d’un point de vue éthique, la distance n’est-elle pas incommensurable entre celles et ceux qui, quotidiennement, se préoccupent d’accompagner les malades en fin de vie (1, 2) pour permettre à chacun de « vivre sa vie jusqu’au terme » (3), et les terroristes qui ont infligé la mort brutalement ? De même, y a-t-il quelque chose de commun entre les résistants évoqués par Jacques Ricot qui, sous l’Occupation, « se sont donné intentionnellement la mort par crainte de trahir leurs secrets sous la torture » (4), et les terroristes qui se font exploser avec l’espoir insensé d’une entrée dans un « paradis » imaginaire ? 
 
La réponse à ces questions est si évidente que mon commentaire pourrait s’arrêter ici. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de dire et partager combien j’ai été impressionné par ce qui s’est exprimé en France et dans le monde, dans toutes les langues, au cours de centaines de manifestations ; par la lumière de centaines de milliers de bougies, les couleurs de millions de fleurs, le chant mille fois répété chez nous et à l’étranger de l’hymne national français ; par les temps de recueillement silencieux ; et aussi, bien sûr, par le bel élan des secouristes et soignants de toute condition – y compris les habitants des quartiers concernés – qui ont fait preuve dans ces circonstances d'une disponibilité et d’un engagement remarquables. 
 
Au cours de ces moments de mise à l’écart de la vie quotidienne, c’est « l’extraordinaire de l’humanité » qui s’est dit, qui s’est révélé – tel qu’il nous est aussi donné de le reconnaître chez les proches de nos patients. En ce sens, c’est bien l’humanité présente au plus profond de toute personne qui émerge dans le partage de la souffrance des victimes des attentats et de leurs proches, comme dans l’accompagnement des malades en fin de vie. Arrêtons-nous pour la reconnaître. 

(1) Copel L, Poisson D « Les sédations en fin de vie. De la pratique au projet de loi Claeys-Leonetti », Laennec, 2016 ; 1 : 6-22. 
(2) Guérin V « Le temps qui reste », Laennec, 2016 ; 1 : 23-31. 
(3) Ricot J Le suicide est-il un droit de l’homme ?, Éditions M-Éditer, 2015 ; p 41. Cf. recension en pages 57-58 de ce numéro. 
(4) Ibidem p 14. 
 


 

Beaufils François, Ancien Chef du Service de Pédatrie-Réanimation, Hôpital Robert Debré, AP-HP – Paris, Rédacteur en chef de la revue Laennec

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