Couv janvier 2014

La revue Laennec
N°1/2014

Edito :

 Comme chaque année depuis sept ans, le comité de rédaction de Laennec s’est réuni en septembre dernier pour faire le point sur l’année en cours d’achèvement et programmer la suivante. Il s’agit pour nous de prendre du recul par rapport aux questions d’actualité, de voir dans quelle mesure les articles auxquels elles ont donné lieu en 2013 ont permis à nos lecteurs de nourrir leur réflexion, puis de repérer les domaines encore insuffisamment explorés, ceux qui prennent une importance croissante ou ont émergé récemment.
 
Incontestablement, 2013 aura été dominée par les questions liées à la fin de vie. Outre un numéro spécial en avril dernier, un article au moins aura été consacré à ce sujet dans chaque publication (1-5). La richesse et la densité de la réflexion offerte par de remarquables auteurs témoignent de la persistance ou plutôt de la permanence d’un questionnement.
La proposition 21 du candidat Hollande aux élections à la Présidence de la République, le rapport Sicard, l’avis du Conseil National de l’Ordre des Médecins, l’avis 121 du Comité Consultatif National d’Éthique, bien d’autres textes ou colloques et même des films révèlent assez combien ces problèmes sont complexes. Les positions ainsi adoptées, loin d’être univoques, laissent pressentir que ces débats resteront longtemps et peut-être toujours inachevés : ces sujets appellent à l’évidence un approfondissement permanent et surtout une grande vigilance.
À cet égard, on peut citer pour exemple l’évolution de la Belgique : onze ans après avoir introduit l’euthanasie dans sa législation, ce pays pourrait en voir prochainement l’application élargie aux mineurs atteints d’une maladie incurable.
Tout a déjà été dit et écrit pour éviter de cantonner le débat sur la fin de vie à la question de l’euthanasie, mais cette dernière resurgit chaque fois qu’il s’agit de passer à l’acte par la rédaction d’un projet de loi. Pour autant, suffit-il d’une loi pour régler la fin de vie, la fin de chacune de nos vies ? Pourquoi vouloir à tout prix obtenir un droit à l’euthanasie, un droit à l’assistance au suicide comme ceux qui les revendiquent et en font des objets de lobbying ? La poursuite de cet objectif tend à laisser de côté, effacer, les multiples questions que pose le cheminement de chacun d’entre nous vers la fin de sa vie. Pourtant, parmi ces préoccupations, émerge plus que jamais aujourd’hui celle de rester vivant jusqu’à la mort, d’affronter ce moment sur lequel nous ne savons rien. Certains l’expriment d’emblée, d’autres, parfois, en revenant sur une demande d’euthanasie qu’ils avaient formulée par écrit.
Les soignants évoquent ces patients qui attendent pour mourir l’arrivée d’une fille, d’un fils ou d’un parent proche, ou encore d’un conjoint dont ils s’étaient séparés dans des circonstances difficiles et avec lequel la paix peut enfin se faire. Ils s’en vont alors paisiblement. Il est important de rappeler que la mort libre et pleinement vécue ne se réduit pas au discours sur la mort maîtrisée que peuvent tenir certains partisans de l’euthanasie.
 
Nous aurons certainement à revenir sur ce sujet essentiel en 2014. Le CCNE, après avoir suscité l’organisation de conférences citoyennes qui se tiennent au moment même où cet éditorial est rédigé, compte proposer un nouvel avis. Comme le précédent, celui-ci ne manquera pas de susciter un ensemble de publications et d’interventions dans les médias, surtout – on ne peut exclure cette éventualité – si le CCNE revient sur les positions qu’il a adoptées dans son avis 121, et notamment sur le refus de l’euthanasie et le refus de l’assistance au suicide. Bien évidemment, un projet de loi sera déposé puis voté, qui lui aussi alimentera les débats, quelle qu’en soit la teneur. On peut prédire sans crainte de se tromper que le premier semestre 2014 sera encore largement occupé par cette question. Laennec ne manquera pas de réagir, dans sa publication ou sur son site Internet.
 
Mais d’autres thèmes de société vont devoir aussi être approfondis. Dès à présent, sont discutées les indications d’assistance médicale à la procréation (AMP) pour raisons sociétales. Comme dans d’autres contextes récents, les promoteurs de ce changement vont probablement faire appel au principe de non-discrimination pour permettre aux couples homosexuels qui le souhaitent de recourir à ces méthodes. Sans attendre une éventuelle évolution de la législation française, des couples de femmes se rendent déjà dans d’autres pays pour obtenir une insémination pour l’une ou l’autre d’entre elles, voire pour toutes les deux. Indépendamment des multiples questions qu’elles soulèvent, ces pratiques, quand elles sont rémunérées, vont à l’encontre du principe d’indisponibilité du corps humain inscrit dans l’article 16 du code civil. Choix de gamètes sur Internet ; fécondation in vitro et congélation d’embryon, suivie d’un transfert dans un centre organisant la gestation pour autrui de femmes souvent très démunies, rémunérées pour cette « prestation »… : ce qui se pratique couramment dans certains pays donne plus que le vertige, et montre combien l’éventualité d’un dérapage de moins en moins contrôlé n’est pas un mythe.
 
Et voilà que « la théorie du genre », importée des États-Unis, vient s’inscrire parmi les questions interpellant notre société. L’introduction du genre dans les programmes scolaires a suscité beaucoup d’émotion. Xavier Lacroix, présent à notre séminaire, devrait nous aider à y réfléchir au cours de l’année à venir.
 
Mais bien d’autres thèmes demandent à être développés : le handicap, sous de multiples aspects ; les maladies génétiques ; le clonage à visée thérapeutique ; les transplantations d’organes, en particulier à partir de prélèvements sur cœur arrêté… sans oublier le vieillissement dans notre société ; à ce sujet, Jérôme Pellerin ouvre dès à présent la réflexion dans ce numéro à propos de la violence dans les institutions pour personnes âgées (6).
 
Nous souhaitons aussi revenir sur les questions de santé affectant les plus démunis, telles qu’elles sont vécues dans les pays en développement mais aussi telles que nous les connaissons dans notre propre pays ; sur ce dernier point, le témoignage d’Alix Leurent (7), la réflexion menée par Bertrand Galichon (8) dans ce numéro de Laennec sont déjà éclairants.
 
Nous ferons de notre mieux pour nous inscrire dans une actualité toujours mouvante en faisant appel à l’expérience d’auteurs de grande qualité. Que nos lecteurs n’hésitent pas à nous écrire pour nous faire part de leurs remarques, y compris critiques, de leurs suggestions, concernant aussi bien la revue « papier » que le site Internet.
 
À tous, nous souhaitons une très heureuse année 2014, une année portée par l’espérance, même si les préoccupations ne manquent pas !

La rédaction

(1) Bouleuc C, Beaufils F « De l’obstination thérapeutique déraisonnable en cancérologie », Laennec, 2013 ; 1 : 7-21.
(2) « Fin de vie : repères pour un débat , Laennec, numéro spécial, 2013 ; 2 : 80 p.
(3) Moyse D « Euthanasie et modernité », Laennec, 2013 ; 3 : 6-18.
(4) Quignard É « Lorsque la vie se termine au grand âge », Laennec, 2013 ; 3 :19-31.
(5) Peyrard C « La confusion des mots : le mal entendu », Laennec, 2013 ; 4 : 38-41.
(6) Pellerin J « De la violence en institutions pour personnes âgées », Laennec, 2014 ; 1 : 41-53.
(7) Leurent A « Un repas chaud et du respect versus un sourire. Échos d’un engagement à l’Armée du Salut », Laennec, 2014 ; 1 : 36-40.
(8) Galichon B « Le service des Urgences aujourd’hui », Laennec, 2014 ; 1 : 25-35.



 

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