couv 2003-3

La revue Laennec
N°3/2003

Edito : Les innovations en médecine : Quelle place pour le malade et son corps ?

 Un prochain colloque, organisé conjointement par le Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres, l’association des « Amis de Laennec », le Centre Laennec et la revue Laennec, sera consacré à l’innovation en médecine. Est vraiment devenue nécessaire, aujourd’hui, une réflexion approfondie sur cette question, notamment dans ses aspects éthiques. Notre propos n’est bien évidemment pas de mettre en cause le principe même de l’innovation, mais plutôt d’ouvrir une discussion sur ses objectifs et les modalités de sa mise en oeuvre. Les médecins, comme la société, sont invités à s’interroger. Lorsque l’on évoque l’innovation en médecine, plusieurs questions se posent : pourquoi innover ? Comment encadrer l’innovation ? Comment la diffuser et quelle place lui donner dans le système de santé ? Enfin, comment éviter qu’elle ne suscite dans la population des attentes irréalistes ?

Pourquoi innover ?

L’innovation sur le plan diagnostique ou médical est à l’évidence indispensable au développement de la médecine. La question de sa nécessité ne se pose donc pas. Les avancées obtenues en matière de recherche médicale sont à l’image des avancées technologiques ou biologiques qui ont marqué le XXe siècle. En revanche, il est nécessaire de s’interroger sur les raisons fondamentales qui poussent le corps médical à une recherche permanente. Elles sont multiples. La volonté de guérir et de soulager, quand elle se heurte au sentiment d’impuissance face à la maladie, constitue assurément la motivation principale ; mais elle n’est pas la seule. La curiosité d’esprit, avec le désir de découvrir les mystères du corps humain, représente certainement un point essentiel. Sommes-nous donc certains que toute innovation constitue un progrès ? Surtout, pensons-nous qu’une telle recherche corresponde aux aspirations profondes de notre société ? Ces questions méritent débat.

Doit-on encadrer l’innovation ?


Depuis de nombreuses années, le pouvoir législatif s’est penché sur cette question au travers des lois bioéthiques. Les textes adoptés ont été progressivement modifiés afin de s’adapter aux avancées de la technologie médicale. Les relations entre la recherche médicale et le législateur ont été bien résumées par Axel Kahn lors du débat sénatorial sur la nouvelle loi bioéthique : la loi ne doit ni précéder ni suivre l’innovation en matière médicale, elle doit l’accompagner. Cependant, l’encadrement qu’elle instaure ne doit pas se limiter à l’énonciation de règles éthiques. Il devient urgent, compte-tenu des immenses possibilités offertes par le progrès technologique, d’orienter l’innovation médicale sur des thèmes prioritaires. Comment les choisir ? Nous manque la méthodologie qui nous permettrait d’établir ces priorités.

La diffusion de l’innovation

Notre regard doit être aussi critique sur les motivations de l’innovation que sur l’utilisation pratique qui peut en être faite. Ainsi, une nouvelle technique doit-elle systématiquement s’imposer et effacer l’ancienne, comme le veulent trop souvent les conceptions en usage s’agissant de progrès médical ? On voit aisément les limites d’une telle conception et son caractère restrictif. Dans bien des cas, au lieu d’enrichir l’état des connaissances ou l’arsenal diagnostique ou thérapeutique, on ne fait que remplacer l’existant. Pour que l’innovation reste un progrès, elle doit être maîtrisée, non pas dans son caractère inventif mais plutôt dans ses applications. À titre d’exemple, les techniques chirurgicales récentes peu invasives (coelioscopie, chirurgie endoscopique) tendent à se substituer à la chirurgie conventionnelle dite à ciel ouvert, et nous voyons poindre la chirurgie assistée par ordinateur. Le bénéfice réel de ces progrès doit être évalué, afin de situer la place des techniques innovantes dans l’arsenal thérapeutique sans céder aux pressions économiques et médiatiques. L’opinion publique est particulièrement vulnérable en ce domaine, ce qui suscite bien des demandes paradoxales. La guérison est attendue de la mise en oeuvre des moyens les plus techniques et les plus innovants, dont se font régulièrement l’écho les moyens modernes de communication ; mais, simultanément, montent les plaintes relatives à une médecine trop distante du malade, trop peu attentive à ce qui est ressenti directement dans le corps. Aujourd’hui, le progrès médical passe par une innovation maîtrisée et réfléchie. Est donc engagée aussi bien la responsabilité du corps médical que celle des personnes qui ont pour mission d’informer et, plus largement, de tout un chacun.
 
 

Haab François, PUPH Service d'Urologie, Hôpital Tenon, AP-HP – Paris

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