couv 2004-1

La revue Laennec
N°1/2004

Edito :

 Les débats qui affectent le monde de la santé ont été particulièrement nombreux tout au long de l’année 2003 et vont sans aucun doute se poursuivre à l’avenir. Il importe que chacun puisse disposer des informations et du temps nécessaires pour nourrir sa réflexion et asseoir ses positions, et que les responsables soient à même de prendre les décisions adaptées. Nous continuerons d’oeuvrer pour que Laennec puisse, à sa manière, proposer des repères dans les débats d’aujourd’hui ; et c’est pourquoi nous voudrions aborder quelques-uns de ces enjeux.
 
2003 a été particulièrement marquée par le drame vécu, cet été, par les personnes âgées. Cette situation a d’autant plus frappé le monde de la santé que celui-ci avait su faire face avec succès au risque d’épidémie lié au Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS) grâce à une organisation rodée et adaptée. Mais la situation des personnes âgées, de plus en plus nombreuses dans notre pays, ne relève pas seulement d’une meilleure organisation de notre système hospitalier et de notre système de soins dans son ensemble. Certes, il importe que les hôpitaux puissent faire face à un afflux inhabituel de patients et les accueillir de manière décente. Mais le drame de l’été 2003 interroge aussi en profondeur notre tissu social. Saurons-nous inventer des modes de présence et de soins qui permettent un accompagnement à domicile des personnes âgées ? Saurons-nous organiser les maisons de retraite et ajuster leurs moyens humains et financiers pour assurer le surcroît de travail que demande une situation d’urgence ? 
Plus récemment, une fois encore, l’appel pathétique adressé par Vincent Humbert au Président de la République, puis la tragédie vécue par lui et son entourage ont fait resurgir la question de l’euthanasie. Ici, il ne s’agissait pas d’une situation de fin de vie, mais de la détresse, devenue insupportable, d’un jeune homme accidenté que la médecine avait maintenu en vie durant neuf mois de coma, suite à quelques jours de réanimation, et qui avait survécu au prix de handicaps multiples et lourds, écrasants pour lui. De telles situations interrogent la médecine dans ses missions même. Patrick Verspieren, dans le numéro d’octobre 2003, posait la question en ces termes : « A-t-elle à lutter contre la mort sans tenir compte des conditions de la vie ainsi engagée ? » (1)
Et l’importante pression médiatique faite, depuis ce drame, pour que l’euthanasie soit légalisée et que des médecins administrent la mort mérite d’être questionnée... Les partisans de cette légalisation ont, par ailleurs, assimilé la situation des patients en fin de vie à celle de Vincent Humbert. Or on sait qu’en fin de vie des moyens existent pour soulager efficacement les patients de leur détresse… même s’il faut reconnaître que beaucoup encore reste à faire pour une meilleure prise en charge. Ces deux types de situations devraient donc être clairement distingués. L’inculpation du médecin réanimateur de Berck a soulevé beaucoup d’émoi chez les médecins, mais contribue aussi à clarifier certains débats (2). Quant aux actes posés, il est difficile de les analyser tant que l’enquête n’aura pas établi les faits... et les intentions. La Société de Réanimation de Langue Française (SRLF) et la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP) ont, le 19 novembre, publié un communiqué mesuré sur cette affaire (3). Cette même année 2003 a vu encore s’accroître les déficits de la Sécurité sociale. Les questions liées à l’organisation de notre système de protection sociale se posent donc avec une grande acuité. Or l’on sait que les dépenses de santé ont augmenté dans tous les pays de l’OCDE (4) et plusieurs facteurs devraient encore accroître cette tendance : progrès des technologies médicales, vieillissement démographique, attentes nouvelles vis-à-vis de la santé. Quelle politique sanitaire mettre en oeuvre qui vise tout à la fois une amélioration de l’état de santé d’un pays et une maîtrise de ses dépenses ? Telle est l’interrogation majeure. Laennec ne manquera pas, dans les numéros à venir, d’aborder cette difficile question de la réforme de notre système de santé et de protection sociale.
 
* Vous remerciant de votre fidélité, du souci que vous avez eu de nous aider dans la promotion de la revue, nous vous présentons nos voeux les meilleurs pour cette nouvelle année. 

(1) Ce questionnement n’exclut pas que des décisions de sauvegarde de la vie soient souvent nécessaires dans les situations d’urgence où l’avenir du patient... comme son passé sont inconnus.
(2) Voir les échanges entre réanimateurs sur le forum du site Internet de la SFRLF : www.srlf.org 
(3) Communiqué de la SRLF et de la SFAP du 19 novembre 2003, www.srlf.org/divers/
(4) Voir le rapport Health at a Glance 2003 - OECD Countries Struggle with Rising Demand for Health Spending, 16 octobre 2003, www.ocde.org 

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