couv 2005 -1

La revue Laennec
N°1/2005

Edito : La présence et le respect

 Bernard Matray fut, durant une dizaine d’années, rédacteur en chef de la revue Laennec. L'ouvrage « La présence et le respect », publié aux éditions Desclée de Brouwer, présente des textes issus de ses dossiers personnels, rassemblés par Patrick Verspieren : notes, articles ou communications jusque-là inédits, font l’objet de ce livre ; apports d’autant plus précieux que Bernard Matray n’a signé lui-même aucun ouvrage.

Dans la préface, Patrick Verspieren explique le choix des textes où s’esquisse une véritable charte de l’écoute du patient : une écoute habitée de présence et de respect. Comment ouvrir, sans susciter un sentiment d’intrusion, la porte d’une chambre de malade ? La discrétion du regard, la délicatesse du geste et la modestie de la parole peuvent déjà signifier que le soignant, l’accompagnateur qui entre, ne vient pas en prédateur mais en ami, respectueux de l’intimité de la personne et de son corps. Dès les premiers chapitres, Bernard Matray définit une éthique de la présence. Les documents sélectionnés se tournent aussi vers d’autres préoccupations majeures de l’activité médicale contemporaine, notamment la procréation humaine avec le diagnostic anténatal et la recherche sur l’embryon.

Ses activités d’accompagnateur et ses responsabilités d’enseignant au Centre Sèvres l’ont confronté très tôt à l’épidémie de sida. Un passage du livre témoigne de cet engagement ; et Patrick Verspieren nous rappelle que B. Matray « par ses enseignements, les contacts qu’il noua et ses écrits fut de ceux qui contribuèrent à introduire rationalité, exigences éthiques et respect d’autrui dans les débats de cette époque ».

Bernard Matray nous fait aussi partager son expérience d’accompagnateur bénévole des patients en fin de vie. Partant de l’étymologie et du sens du mot « accompagnement », il montre à la fois son caractère ordinaire dans la vie courante et les spécificités qu'il peut revêtir auprès de la personne atteinte d’une maladie grave. Cet accompagnement n’est rendu possible que par l’ouverture de l’accompagnant au malade et par le choix que fait ce dernier de partager ce temps avec un autre. Chacun de nous, néanmoins, est porteur d’une image inconsciente de la « bonne mort » et du « bon malade », et attend plus ou moins que le malade s'y conforme. Aussi l’accompagnant peut-il ressentir de la violence lorsqu’un malade n’évolue pas conformément au modèle ainsi construit ; il faut le savoir.

Il convient également d’être attentif au mode de relation que le malade lui-même établit. Bernard Matray propose un modèle fondé sur le partenariat, relation entre égaux malgré la dissymétrie engendrée par la maladie, dans le respect mutuel. Certes, il arrive que des patients ne puissent supporter un tel mode de relation… encore importe-t-il d’en avoir conscience. Cet accompagnement permettra au malade et à ceux qui l’entourent de faire société. Même si, au moment ultime de la mort, celui qui s’en va vit dans la solitude, les accompagnants lui auront témoigné que ce temps du mourir est, à leurs yeux, un temps de vie : « Il nous revient de donner au mourir un temps et un espace où celui qui part puisse demeurer ce qu’il est : un vivant parmi d’autres vivants. »

Plus largement, B. Matray souligne combien le développement des soins palliatifs, les efforts et les progrès accomplis dans l’accompagnement des grands malades nous aident à surmonter nos peurs, favorisant l’ouverture d'un autre regard sur la mort dans notre société.

Lui-même est parti soudainement ; les circonstances ne lui ont pas permis de recevoir ce qu'il avait tant donné.

Mais les textes ainsi rassemblés mettent en lumière les enseignements reçus de lui et en confirmre la chérence et la profondeur. L’évolution des pratiques soignantes en fin de vie est venue attester de la justesse de ses intuitions. 

Ducarre Roger, Médecin généraliste Membre du Comité de rédaction de la revue Laennec

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