couv 2005-3

La revue Laennec
N°3/2005

Edito :

Les articles de ce numéro de Laennec ont un point commun : ils abordent sous différents angles la question des décisions médicales difficiles – décisions en fin de vie, structures éthiques à l’hôpital, décisions en médecine générale au sujet des personnes âgées.

La loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades en fin de vie, également présentée dans ce numéro, est une réelle avancée. Elle permet, en effet, de clarifier tant les débats que les pratiques médicales. Elle réaffirme la nécessité de respecter le refus de traitement des malades ; elle définit le cadre dans lequel les médecins doivent se situer pour que les limitations ou arrêts de traitements qu’ils sont conduits à décider soient légitimes et licites. Ces arrêts et limitation de traitements conformes à la loi ne peuvent donc plus être qualifiés d’«euthanasie passive». Demême, la loi admet implicitement la validité du principe « du double effet » (1). Elle précise le poids des avis de la personne de confiance, de la famille ou, à défaut, des proches dans les décisions médicales prises pour les personnes inconscientes, ainsi que des «directives anticipées ». Enfin, elle prescrit des obligations aux établissements de santé quant à l’organisation des soins palliatifs. Nous avons demandé à Xavier Monnet, Chef de clinique- Assistant en réanimation médicale, et à Gilbert Desfosses, ancien président de la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs, de répondre à nos questions sur cette loi, chacun au regard de son expérience propre. Dans ce contexte de décisions médicales difficiles, marqué par le respect des souhaits ou décisions des malades et par la prise en compte de l’avis des familles, il est essentiel de réfléchir aux structures éthiques qui peuvent éclairer les soignants – en particulier les médecins sur lesquels repose la responsabilité des décisions. Pour le moment, nous disposons de deux types de structures, divergentes quant aux concepts sur lesquels elles s’appuient. Les espaces éthiques, qui permettent aux personnels soignants de se former et d’approfondir les questions qu’ils rencontrent dans leurs pratiques, sont l’une de ces structures. On doit souligner ici l’immense service et le soutien majeur apporté par l’Espace éthique de l’Assistance publique- Hôpitaux de Paris et ses responsables. Par ailleurs, s’est développé à partir d’un modèle américain fondé sur la primauté de l’autonomie du malade le concept d’« experts en éthique », qui rendent des avis sur des situations données. Les services de soins impliqués sont généralement tenus à l’écart des discussions comme de la rédaction de l’avis émis, ce qui crée une distance regrettable avec la réalité des situations vécues et rend difficile l’appropriation de cet avis par les soignants. Aussi le Projet d’éthique présenté par l’Institut Curie apparaît- il particulièrement intéressant : à l’échelon de l’Institut, il concilie formation des soignants à l’éthique et aux prises de décisions difficiles, soutien aux soignants dans ces prises de décision sans qu’il y ait substitution, et réflexion éthique sur des sujets d’intérêt général pour la communauté soignante ou pour l’institution. Nous sommes heureux de faire connaître aux lecteurs de Laennec ce Projet qui nous paraît ouvrir des voies d’avenir. Enfin, ces grandes questions ne doivent pas nous éloigner de la pratique médicale. C’est pourquoi nous publions, dès ce numéro, un article de Bruno Devaux consacré aux décisions difficiles que peut avoir à prendre un médecin généraliste en zone rurale, face à des personnes très âgées. Cet article est issu d’une communication faite lors du colloque du 16 avril 2005 au Centre Sèvres : « En gériatrie, les décisions difficiles ». La suite des actes de ce colloque paraîtra dans le prochain numéro, en octobre. En même temps qu’une bonne lecture, la rédaction de Laennec vous souhaite d’agréables vacances.
 

(1) Cf. Richard M.S. « La sédation en fin de vie », Laennec, 2/2001, p. 16, note c. 

Poisson Dominique , Praticien hospitalier, Responsable de l'Unité mobile de Soins palliatifs, Groupe hospitalier Bichat-Claude Bernard, AP-HP – Paris

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