couv-2006-3

La revue Laennec
N°3/2006

Edito : Liminaire

Se nourrir permet de subvenir à un besoin essentiel. Nourrir autrui est un geste de solidarité élémentaire. Les techniques de nutrition artificielle permettent d’alimenter le malade dont les fonctions physiologiques d’alimentation ou de nutrition sont détériorées. À première vue, on pourrait donc penser qu’il est adapté d’appliquer ces techniques à toute personne qui ne peut plus se nourrir. Or la pratique médicale montre qu’il n’en est pas toujours ainsi.

En effet, les procédés employés, parfois proches d’une alimentation naturelle, peuvent en être très éloignés. Ainsi le nutriment utilisé peut-il ne plus avoir en commun avec l’alimentation que le fait d’être un « nutriment », et le mode d’administration ne plus emprunter la voie digestive, mais la voie parentérale. Il s’agit donc de toute une palette de techniques artificielles plus ou moins complexes à mettre en oeuvre et dont les contraintes comme les risques pour le malade sont variés. Par ailleurs, si l’utilisation de ces techniques est bénéfique dans la majorité des situations rencontrées par les malades, elle peut apparaître inappropriée dans certaines situationslimites et rendre malaisée une prise de décision. Il peut en être ainsi, par exemple, pour les personnes ayant un cancer évolué, celles atteintes d’un état démentiel sévère ou d’un accident vasculaire cérébral de mauvais pronostic, en état végétatif chronique ou en situation de fin de vie. Dans ces circonstances, il est important d’essayer de déterminer si le bénéfice de cette nutrition artificielle sera réel pour le patient, et si celle-ci ne lui procurera pas des contraintes inutiles ou insupportables, voire une prolongation injustifiée de ses souffrances. Il est aussi préférable que cette réflexion soit poursuivie au sein de l’équipe soignante, et indispensable qu’elle recueille l’accord du malade et ne heurte ni celui-ci, ni sa famille et/ou ses proches. Trouver une juste attitude est difficile, d’autant que bien souvent le malade n’est plus en état de participer d’une manière consciente à ces décisions et que, parfois, les avis de la famille ou des proches ne semblent pas refléter l’intérêt du malade ou sont contradictoires.

Sur ces questions difficiles de la pratique médicale, un colloque s’est tenu au Centre Sèvres le 26 novembre 2005 ; organisé par le Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres et la maison médicale Jeanne Garnier, il nous a paru important que les actes en soient publiés dans la revue Laennec et nous remercions les organisateurs de nous en avoir donné l’autorisation.

On y trouvera les articles reprenant les exposés qui abordaient la question de l’alimentation artificielle dans le soin des patients en phase évolutive ou terminale d’une affection grave telle le cancer – Docteur Sami Antoun – ou de personnes âgées atteintes de polypathologie – Professeur Sylvie Legrain – ainsi que l’expérience d’une Unité de soins palliatifs – Docteur Marie-Pierre Perrin. Particulière est la situation des personnes en état végétatif chronique, exposée par le Docteur François Tasseau. Par ailleurs, Madame Marie-Odile Gérardin, psychologue, nous fait entrer dans la compréhension de la valeur symbolique de l’alimentation et Patrick Verspieren, s.j., éclaire ces pratiques par une réflexion menée à la lumière de la tradition éthique médicale. Enfin, les conclusions du Docteur Daniel d’Hérouville permettent de mettre en évidence les lignes de convergence et de divergence qui traversent ces exposés.

Puisse ce numéro donner aux médecins et soignants confrontés quotidiennement à ces questions des éléments de réflexion pour mieux accompagner leurs pratiques.
 

Poisson Dominique , Praticien hospitalier, Responsable de l'Unité mobile de Soins palliatifs, Groupe hospitalier Bichat-Claude Bernard, AP-HP – Paris

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