2007-2

La revue Laennec
N°2/2007

Edito : Cinq ans après la loi du 4 mars 2002 et deux ans après la loi « Leonetti »

La loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé a heureusement formalisé « les droits de chaque personne à être informée sur son état de santé ». Cette obligation faite au corps médical renouvelle le champ de la relation du médecin et de son patient, ouvre l’espace d’une parole qui n’est pas moins délicate parce que le législateur y contraint, quand la réalité en jeu atteint l’être jusqu’en ses profondeurs. L’annonce d’un diagnostic grave est, en toute circonstance, un moment crucial pour le malade, mais aussi pour l’établissement de la relation médecinpatient ; elle est d’autant plus difficile que chaque sujet est un être unique dont la psychologie, les relations humaines, les responsabilités assumées, le désir de vivre, la capacité psychique à lutter, l’image de la maladie, le rapport à la mort, les convictions sur l’au-delà constituent autant de variables dont la plupart échappent souvent au praticien. La volonté de savoir des patients est nécessairement de degrés divers, depuis le refus jusqu’au désir de connaître ce que le médecin ne saurait affirmer sans des dons prophétiques qui ne sont pas de son étage. Le charisme des praticiens, dans ce contexte, est lui-même au départ variable.
 
L’annonce d’une maladie grave telle que le cancer, quand le patient est un enfant, fonde une relation médecin-patient bien spécifique qui, par-delà le petit malade, concerne et atteint parents, lignée et fratrie. Jean-Michel Zucker, oncologue pédiatre, aborde cette question et propose « quelques balises ». D’une autre manière, l’annonce de la maladie psychique se révèle elle aussi particulièrement difficile, et pose des problèmes spécifiques quand il s’agit d’adolescents ou de jeunes adultes. Ici encore, la « manière de dire » peut atténuer la violence du diagnostic qui atteint le patient, mais aussi son entourage, d’autant plus concerné que le malade fragilisé ne pourra le plus souvent faire face seul. Naturellement ébranlée, la famille doit en effet assumer le rôle de soutien alors même qu’elle n’a plus légalement accès à l’information médicale, quand le malade est un jeune adulte. Elle peut pourtant contribuer à éclairer le praticien grâce aux constatations faites au quotidien. Laennec a souhaité, dans ce numéro, donner la parole aux parents de l’un d’entre eux. L’annonce du diagnostic laisse heureusement le plus souvent place à l’espoir d’un traitement, espoir à faire connaître rapidement pour atténuer le choc. Mais par-delà, la loi stipule que les actes thérapeutiques « ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable » ; se pose alors dans certains cas la question de l’arrêt des thérapies et de son annonce, heure qui peut être autrement redoutable. Deux ans après la Loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, dite « loi Leonetti », Laennec ouvre cette réflexion.
 
L’obligation de répondre aux interrogations des patients a considérablement étendu le champ de l’expérience médicale en la matière ; l’incitation à ne pas poursuivre « un acharnement thérapeutique », si elle n’a pas généré de protocoles d’arrêt, a incité certains spécialistes à des attitudes nouvelles. Des réalités aussi délicates appellent au partage des expériences et à l’échange sur les manières de faire et les pratiques. Quand on considère l’obligation de renoncer à « l’acharnement thérapeutique », et plus précisément « aux traitements dont on peut estimer qu’ils ne sont plus indiqués et peuvent devenir nuisibles en raison de leur toxicité », la chimiothérapie anticancéreuse d’énième ligne mérite une réflexion approfondie. C’est cette question qui fait l’objet des analyses de Carole Bouleuc.
La question de l’euthanasie, soulevée brutalement au moment de la rédaction de cet éditorial par l’actualité judiciaire, et alimentée de façon peu décente par la proximité d’échéances électorales, n’a pas été abordée directement dans les articles de ce numéro. Elle reviendra sans doute dans un prochain numéro de Laennec avec l’article d’un médecin réanimateur à propos de la loi « Leonetti ». Même si la tentation est forte d’en faire d’abord un débat de société, comment ne pas souligner que des questions qui ont pour sujet – dans sa singularité – la personne souffrante,méritent mieux qu’une bruyante agitation médiatique ?
C’est à distance de l’actualité et dans la sérénité que Delphine Héron revient sur les questions soulevées en novembre dernier à l’occasion de l’édition 2006 du Téléthon, et avec un recul encore plus grand, et de manière très enrichissante, que Bernadette Avon se penche sur la contraception après quarante ans de pratique, et pose des questions pour aujourd’hui. 

Langue Patrick, s.j.

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